Le “Moon of Baroda”, a girl’s best friend
Posted by: admin in Non classé on janvier 10th, 2010
Célèbre pour avoir été porté par deux icônes, Marie-Antoinette (1755-1793) et Marilyn Monroe (1926-1962), cet exceptionnel diamant de 24,04 carats illumine depuis près de 500 ans la collection des Maharadjas de Baroda. Il doit à sa couleur jaune canari le nom de “Lune de Baroda”, en anglais Moon of Baroda.
D’après la tradition, la pierre aurait été envoyée au XVIIIe siècle en présent diplomatique à l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse, première femme ayant accédé à la dignité impériale. Le diamant sert alors à la parure des petites archiduchesses, filles de l’Impératrice, parmi lesquelles Maria Antonia de Habsbourg. Après son mariage en 1770 avec le futur Louis XVI, celle-ci devient, en 1774, reine de France sous le nom de Marie-Antoinette.
Rentré dans les collection de Baroda au XIXe siècle, il est serti vers 1860 en pendentif dans un splendide collier d’apparat du Maharadja. Ce joyau notamment est présenté par Sayaji Rao III (1869-1875-1939) lors d’une exposition à Los Angeles en 1926. L’indépendance de l’Inde en 1947 met un terme au règne des Maharadjas. L’Etat de Baroda rejoint la fédération indienne, avant d’être intégré dans l’Etat de Bombay, et le dernier prince déchu, Rama Ghandra, vend sa collection de pierreries. Le Moon of Baroda reste alors en des mains privées jusqu’en 1991, date à laquelle il est présenté dans un vente de la Maison Christie’s.

Le Moon of Baroda au cou de Marilyn Monroe
Ceux qui croient aux pouvoirs singuliers des pierres notent qu’au moment même où, en 1926, à Los Angeles, est exposé le Moon of Baroda, nait dans la même ville une enfant nommée Norma Jeane Mortenson. La petite fille retrouve le Moon of Baroda plus de 25 ans plus tard, comme un talisman, pour la consécration de la carrière qu’elle a entamée en 1946 au cinéma, sous le nom de Marilyn Monroe. En juin 1953, Marilyn Monroe fait la promotion du film “Les hommes préfèrent les blondes” (”Gentlemen prefer blondes“) de Howard Hawks, où elle joue aux côtés de Jane Russell. Si sa carrière commence à peine à décoller, Marilyn est bien alors le sujet de toutes les conversations, “the talk of Hollywood”, selon le magzine Life. Le joaillier Meyer Rosenbaum, récent propriétaire du diamant, décide alors de prêter à la jeune comédienne le Moon of Baroda pour la promotion du film. Sans doute mesure-t-il que la chanson interprétée par Marilyn, Diamonds are a girl’s best friend (”les diamants sont le meilleur ami d’une fille”), constitue une publicité exquise et incroyablement glamour pour la joaillerie.
Porté par Marie-Antoinette, immortalisé en simple pendentif au cou de Marilyn Monroe sur des clichés qui font encore le tour du monde, le Moon of Baroda est un sublime symbole de sensualité.
Et pour le plaisir, la video de Diamonds are a girl’s best friend !
Le Nassak, l’oeil lumineux de Shiva
Posted by: admin in Non classé on octobre 26th, 2009
Estimé “sans impureté”, le Nassak est un diamant des Indes de plus de quatre-vingts carats, célèbre pour son brillant exceptionnel. L’aide aimable et inestimable apportée par les archives de la Maison Cartier, en la personne de Madame Véronique Sacuto, à nos recherches nous permet d’apporter quelques eclaircissement sur ce diamant. De la pierre brute à la taille émeraude, très contemporaine, qui est la sienne aujourd’hui, le Nassak a subi deux autres tailles, reflet de l’évolution des goûts.

Le Nassak dans sa forme XIXe - Archives Cartier
Vraisemblablement découverte au XVe siècle en Inde, la pierre est alors taillée à la mode moghole : une face, dessous, en est rapidement repolie, le dessus présente une table, et une dentelle de facettes. La forme originale de la pierre est conservée. La taille moghole améliore le brillant et le lustre de la pierre, sans la transformer : le souci de symétrie et de standardisation est une invention européenne beaucoup plus tardive.
Offert au sanctuaire de Trimbakeshwar, haut-lieu de l’hindouisme à proximité de la ville de Nassak, le diamant moghol orne une statue de Shiva, dont il est probablement un oeil. Il est au reste, dans sa taille et ses proportions, très similaire à l’Oeil de l’Idole avec lequel il est souvent confondu, notamment sur Wikipédia.
Lors des opérations menées par l’occupant britannique contre les mercenaires pindâri, en 1817, qui dégénèrent en guerre entre l’Empire marathe, protecteur des Pindâri, et les Anglais, la pierre est volée dans le sanctuaire. Il semble difficile de savoir qui, des britanniques, des pindâris musulmans ou des marathes hindous, est l’auteur du larcin. Officiellement, le Peshwâ, premier ministre des Marathes, remet le diamant de Nassak comme tribut de guerre au marquis de Hastings, gouverneur général des Indes et chef des opérations militaires contre les Marathes. Le Gouverneur donne à son tour la pierre à la Compagnie anglaise des Indes orientales, à titre de réparation pour les dommages subis pendan le conflit.
Présenté sur le marché des diamants à Londres en 1818, la pierre est admirée pour sa beauté et son poids - près de 92 carats métriques - mais décriée pour sa taille moghole jugée d’une vilaine forme. La diamant est alors décrit comme “grossièrement facetté et sans aucun lustre“. En réalité, ces jugements subejctifs illustrent le goût d’une société occidentale où le raffinement de la taille participe fortement à l’estimation d’une pierre. Le minéralogiste John Mawe réalise cependant de la taille moghole un dessin assez précis, publié en 1823, qui nous permet de la restituer aujourd’hui.
La joaillerie londonienne Rundell and Bridge, propriétiaire de la pierre de 1818 à 1831, fait retailler le Nassak “au plus près possible des traces du tailleur hindou, en amendant ses défauts” et en harmonisant la symétrie. Le résultat est exceptionnel : une taille atypique, d’aspect très séduisant. La pierre n’a perdu que 10% de son poids et présente un fort gain de brillance. La forme de ce second Nassak, qui est serti après 1837 sur l’épée de cérémonie du marquis de Westminster, est connue grâce à un dessin assez réaliste de LOuis Dieulafait (1874) et par un croquis, sensiblement plus fantaisiste, de Bauer (1904). Surtout, une photographie de 1936 retrouvée dans les Archives Cartier laissent présumer que les dessins de Dieulafait et de Bauer exagèrement les dimensions de la culette, qui apparait sensiblement plus fine et régulière. On peut éliminer l’hypothèse d’une retaille du pavillon entre 1831 et 1937, puisque le poids enregistré par Cartier - 80,60 carats - correspondond parfaitement au poids noté chez Rundell and Bridge (78 5/8 carats anciens, soit 80,59 carats métriques).

Le Nassak retaillé - Archives Cartier
Ces mêmes archives nous apprennent d’ailleurs que c’est Cartier, et non Harry Winston comme on l’a souvent avancé, qui opère donne en 1937 au Nassak sa forme actuelle, en émeraude. La pierre y perd plus de 40% de son poids - elle pèse 47,41 carats à l’issue des opérations - mais en devient infiniment plus luxueuse. Harry Winston, acquéreur de la pierre en 1940, n’opère qu’un repoli qui conduit la pierre à son poids actuel de 43,38 carats. Passée par la suite de mains en mains, étudiée par le Gemological Institute of America en 1964, exposée en 1970 puis 1976 aux Etats-Unis la pierre n’est, depuis, plus apparue publiquement.
Le “Youssoupoff”, la bonne étoile du prince Felix
Posted by: admin in Pierres Précieuses on août 5th, 2009
Le “Youssoupoff” est un superbe diamant de Golconde, également appelé l’”Etoile polaire” en raison de la taille en étoile (stellar cut) de son pavillon, qui rend la pierre exceptionnellement brillante. Elle est si symétrique qu’elle peut reposer sur sa pointe, dont la colette est pourtant très étroite. Avec son poids de 41, 28 carats métriques, le Youssoupoff est l’un des plus beaux diamants au monde.
Le diamant est acquis au XIXe siècle par la princesse Tatiana Youssoupoff, fille du comte de Ribeaupierre, émigré français sous la Révolution. Elle-même, puis sa fille unique Zénaïde (1861-1939), sont à l’origine de la plus fabuleuse collection personnelle de pierreries du XIXe siècle. La famille Youssoupoff est alors réputée “plus riche que le tsar”, grâce aux dividendes de placements effectués dans plus de 3000 sociétés, et aux revenus de domaines immenses dont l’étendue se chiffre en millions d’hectares. Une des propriétés des Youssoupoff, sur la mer Caspienne, s’étend alors sur 250 km de long. Dans le palais du 94, quai de la Moïka à Saint-Pétersbourg deux chambres fortes aménagées dans les sous-sols, et auxquelles on accède par un corridor secret depuis la galerie des tableaux, abritent des amoncellements de joyaux évalués à 300 millions de francs-or.

Felix Youssoupov (DR)
Lors de la révolution de 1917, le fils de Zénaïde, le prince Felix Youssoupoff (1887-1967) emporte avec lui l’Etoile polaire, parmi d’autres joyaux - notamment la perle Périgrina - et quelques toiles de maîtres. La vente de la pierre à Cartier (Londres) en 1924 permet au prince exilé de créer à Paris sa propre maison de couture, Irfé. Les modèles - et les parfums - créés par le prince Felix sont alors connus pour leurs lignes androgynes. La mode est aux robes et aux coiffures “à la garçonne” pour les femmes, tandis que triomphe un idéal masculin à la virilité très maquillée, incarnée à l’écran par Rudolph Valentino.
Né en 1887, Son Altesse Sérénissime le prince Felix Felixovitch Youssoupoff est connu pour sa beauté ambigue d’éternel adolescent. Doté d’une grande intelligence et de goûts artistiques très sûrs, diplômé d’Oxford, il scandalise très jeune la cour du Tsar par sa vie dissolue. Marié à la grande-duchesse Irina Alexandrovna, nièce de Nicolas II, avec laquelle il forme un couple très soudé, il affirme néanmoins très tôt sa bisexualité, collectionnant les conquêtes féminines et masculines. On lui prête notamment une liaison avec le grand duc Dimitri Pavlovitch, cousin germain du tsar Nicolas II. Lors d’une soirée petersbourgeoise, travesti en chanteuse légère, il est reconnu par les somptueux joyaux puisés dans l’écrin de sa mère la princesse Zénaïde.

Raspoutine
En 1916, il dirige le complot qui assassine le célèbre Grichka Raspoutine, un mystique errant et inquiétant qui, par les soins qu’il prodigue au tsarévitch, le jeune fils de Nicolas II, acquiert une influence considérable sur la Tsarine et le Tsar. Devant la résistance de Raspoutine au cyanure, le prince Felix et les conjurés tirent sur lui trois coups de feu dont l’un l’atteint au front : le “staretz” respire pourtant encore. Les conjurés le jettent alors dans un trou pratiqué dans la glace qui couvre la petite Neva. Exilé en 1919, Felix Youssouppoff est resté jusqu’à sa mort en 1967 une figure mondaine eta rtistique éminente de la patrie de son arrière-grand-père, la France. Il reste toute sa vie hanté par la mort sauvage de Raspoutine, qui lui cause des cauchemars incessants. Comment ne pas être frappé en effet par le constraste terrible entre le mystique hirsute et l’androgyne gracile ? Entre la délicatesse luxueuse des Youssoupouff et le meurtre effrayant du moine ? André de Fouquières raconte, dans les années 20, sa rencontre avec Youssoupoff : “Je vis ce jour-là un jeune homme pâle, assis à une table de bridge, en face de la grande-duchesse Anastasie. Comme on me présentait, il me tendit, le plus gracieusement du monde, une main fine, aristocratique et délicate, que je pris, sans savoir alors que c’était cette main -là qui avait poussé sous les blocs de glace qu’emportait la Néva, la tête du moine maudit ! Et j’entendis nommer le prince Youssoupoff”. (in Cinquante ans de panache, Ed. Pierre Horay, 1951, p. 227-228)
Il publie en 1927 J’ai tué Raspoutine puis, dans les années 50, ses Mémoires.

le cadavre de Raspoutine
Quant au diamant Youssoupoff, il est vendu en 1928 à lady Detering, épouse du fondateur de la Royal Dutch Shell. Mis aux enchères après sa mort, en 1980, par Christie’s, il a trouvé preneur à plus de 5 millions de dollars.
Enfin notons qu’en 2008 Ologa Sorokina rouvre, avec le soutien de Xenai Sfiris, une descendante des Youssoupoff, la célèbre maison Irfé.
Six millions de francs dans une pomme : le vol du Condé !
Posted by: admin in Pierres Précieuses on avril 23rd, 2009
Suzanne Schiltz, femme de chambre du Metropol Hotel, boulevard de Strasbourg à Paris, est chargée par son patron de la délicate mission de fouiller les bagages d’une chambre. L’hôtelier, qui craint les voyageurs qui déménagent à la cloche de bois, a parfois recourt à cette pratique indiscrète. Les deux jeunes alsaciens qui occupent la chambre ont éveillé la méfiance du commerçant avisé, par leur conduite suspecte et leurs conciliabules qui laissent présager les mauvais payeurs.
Ce 20 décembre 1926, dans la deuxième valise, au milieu des vêtements, Suzanne Schiltz trouve une belle pomme rouge oubliée. Elle y mord à belles dents, et pousse un cri : la bouche en sang, elle recrache une pierre rose de 2 cm de long. Elle reconnait sans peine le Grand Condé, le diamant rose du Trésor de Chantilly (cf. article précédent)

L'annonce du cambriolage de la Tour du Trésor
La pierre illustre la une des journaux depuis qu’elle a été volée dans la nuit du 11 au 12 octobre 1926. La popularité du conservateur du château, en poste depuis 1925, assure également une grande publicité au fait divers. Le maréchal Philippe Pétain aiguise la curiosité des journalistes et du public, et sans doute mesure-t-il lui-même que communiquer autour de ce vol reste le meilleur moyen de retrouver les joyaux dérobés.
Suzanne Schiltz en prévient immédiatement son patron, qui alerte la Police, dont l’enquête s’enlisait depuis deux mois. Les deux jeunes alsaciens - Léon Kaufer, 29 ans, négociant en poil de lapin angora, et Emile Souter, 21 ans - sont “cueillis” aussitôt au Metropol. On découvre que le casse de l’année a été mené par deux petites gouapes en mal d’argent. Un larcin d’une banalité affligeante reste à l’origine de pertes immenses.
Le 11 octobre 1926, Kaufer et Souter prennent le train gare du Nord à Paris, et arrivent à Chantily vers 20h. Les deux hommes traînent alors, jusqu’au château, une échelle volée sur l’hippodrome. Ils escaladent la tour du Trésor, cassent les vitrines et rentrent à Paris avec leur butin estimé à plusieurs millions en pierreries et métaux précieux. Le Condé, à lui seul, est alors estimé à plus de 6 millions de francs.
Les soixante-neuf objets dérobés subissent alors un sort tragique. Soucieux que ces bijoux ne soient pas reconnus, Kaufer et Souter en font sauter les pierres au couteau, à la va-vite. L’or et l’argent sont fondus, et les 684 diamants vendus à un prix défiant toute concurrence à une bijoutière décidément bien peu curieuse du boulevard de Strasbourg. Tout ce qui parait encore trop identifiable est jeté dans la Seine. Des reliques inestimables disparaissent ainsi, emportées par la Seine, ou fondues comme les deux ducats d’or qu’on retrouva sur la depouille du duc d’Enghien lorsqu’il fut exhumé des fossés de Vincennes.

Reconstitution de l'escalade de la Tour du Trésor à Chantilly
Un autre sort attendait le Grand Condé. Invendable, parce que trop connu, il doit être envoyé à la retaille le 23 décembre, en Argentine. La gourmandise de Suzanne Schiltz, trois jours avant l’echéance, a sauvé le Grand Condé.
Les deux voleurs sont traduits en justice en juin 1927. Une foule mondaine se presse au procès, qui se tient devant la Cour d’Assise de Beauvais. Les accusés, eux, jouent d’une célébrité acquise à la manière d’Erostrate, mais qui s’avère bien éphémère. Après trois jours d’audience, Kaufer et Souter sont condamnés respectivement à dix et huit ans de réclusion criminelle.
Les pierres retrouvées chez la bijoutière du boulevard de Strasbourg sont remontées dans une création originale, autour du diamant Penthièvre. Le retour des bijoux au Château de Chantilly est consigné dans un procès verbal du 29 juin 1927, mais le Grand Condé n’est plus, depuis ce vol, présenté au public. Alors que l’original est à l’abri au fond d’un coffre du château, qu’il ne doit, par disposition testamentaire, pas quitter. C’est une réplique qui peut être aujourd’hui admirée par le public.

Le maréchal Pétain, conservateur de Chantilly en 1926
Le Grand Condé, un diamant rose d’exception
Posted by: admin in Pierres Précieuses on mars 15th, 2009
Le Grand Condé est un magnifique diamant rose, légèrement teinté d’orangé, de taille asymétrique “poire” ou pendeloque, pesant 9,01 carats pour une longueur de 20,8 mm. Il ne présente pas d’inclusion, seulement des clivages et des fractures. Comme la plupart des grands diamants de couleur, le Grand Condé véhicule une mythologie aussi fascinante que souvent infondée. Commençons donc par balayer quelques chimères.

Le diamant rose dit "le Grand Condé"
Le Grand Condé pèse 9,01 carats métriques, et non pas 50 carats. Il est difficile de dire quel auteur, exactement, a le premier soit confondu deux pierres, soit mal retranscrit une note (9,01 carats devenant 49,01 ? ). Mais, depuis un bon siècle, des gemmologues espiègles alimentent la légende d’un diamant rose de 50 carats. Inutile de dire que quelques blogs, et articles écrits à la va-vite, perpétuent aimablement la légende. Le dictionnaire même du GIA (Gemmological Institute of America), dans son édition de 1960, le décrit encore comme “a pink, pear-shaped diamond, weighting 50 carats”. L’erreur a été rectifiée depuis.
Le Grand Condé n’a peut-être jamais appartenu au Grand Condé. Ce diamant, censé avoir orné le pommeau de canne de Louis II de Condé, dit le Grand Condé (1621-1686), ne lui a peut-être jamais appartenu. Les sources historiques disponibles - l’engagement des bijoux personnels de Condé au profit de la Couronne de France le 20 mars 1649 auprès du banquier Herwarth, et l’inventaire dressé au décès du Prince en 1686 - ne mentionnent pas cet étonnant diamant parmi les propriétés de Condé. En réalité, le diamant rose apparait officiellement pour la première fois en 1713 lorsqu’Anne de Bavière, belle-fille du Grand Condé, le lègue à son propre petit-fils, Louis-Henri de Bourbon. Le legs s’accompagne de la condition expresse que le diamant “appartînt toujours à l’aîné mâle de la Maison de Condé”. Notons au passage que cette indication dément également l’affirmation de l’excellent Gérard Mabille, qui dans son opuscule sur les Diamants de la Couronne, aux éditions Gallimard, indique qu’”on ne le connait que depuis 1740″.
Dès lors, les passionnés de pierres, comme les conservateurs successifs du Château de Chantilly où se trouve le diamant, se sont affrontés pour savoir si oui, ou non, le diamant avait appartenu à Louis II de Condé. Le point me semble de peu d’importance. Avec les uns, on peut noter qu’il n’est pas parfaitement improbable qu’il lui ait appartenu, au vu de la taille de la pierre qui s’incrit parmi les premières tailles brillant, comme le Wittelsbach, et pourrait bien dater du XVIIe. Avec les autres, on peut a contrario arguer que cette attribution de propriété voudrait à toute fin corroborer un nom, quand l’un et l’autre peuvent bien être sans rapport. L’appellation “Grand Condé” signifie peut-être tout simplement “le grand diamant des Condé” comme le “Grand Sancy” designe le plus grand des diamants de Sancy.
En 1740, pour le plus grand plaisir de Gérard Mabille, le diamant rose figure sur l’inventaire après décès de Louis-Henri de Bourbon, serti dans un insigne de l’Ordre de la Toison d’Or. Il y est ainsi décrit : “forme pendeloque, couleur de rose, ayant un cran sur le feuiltil, côté droit”. Cette belle description de la pierre rappelle que sa forme irrégulière visait à économiser la matière. La taille a en effet été adaptée à la présence d’une inclusion accompagnée d’une fracture sur le rondiste. Ce dernier, plus large à ce niveau, est par ailleurs très fin et bruté.

Le Grand Condé serti en épingle de cravate
A la mort du dernier prince de Condé, en 1830, le diamant n’apparait pas dans l’inventaire, mais on présume qu’il orne une des 5 plaques de l’ordre du Saint Esprit en diamants. Sans héritiers directs, son fils le duc d’Enghien ayant été exécuté sur ordre, il lègue sa fortune au fils de Louis-Philippe, le duc d’Aumale, alors âgé de 8 ans. C’est donc la mère du petit duc, la reine Marie-Amélie qui le conserve dans sa cassette, et c’est certainement à elle que l’on doit la monture qui lui est actuellement connue, en épingle de cravate.
Jugeant sa succession menacée par les aléas des régimes successifs en France, le duc d’Aumale donne en 1886 à l’Institut de France le Château de Chantilly et ses collections, sous réserve qu’elles ne le quittent jamais. A ce jour, malgré une escapade rocambolesque en 1926, qui fera l’objet, si vous le souhaitez, d’un prochain récit, le diamant y est toujours conservé, dans un coffre. Seule une copie en est présentée au public.
Auguste Verneuil, et la synthèse du rubis
Posted by: admin in Alchimie, Pierres Précieuses on février 8th, 2009
C’est sans doute parce qu’il était fils d’horloger que le chimiste Auguste Verneuil, né à Dunkerque en 1856, s’est penché dès l’obtention de son doctorat sur la synthèse du rubis. Les fabricants de mécanismes de montres sont, en effet, de grands consommateurs de cette gemme. Elle permet, en raison de sa grande dureté (9 sur l’échelle de Mohs), de sa haute résistance à l’usure et de son faible coefficient de frottement, de fabriquer des paliers pour les pivots de montre. Longtemps, le nombre de rubis employés, gravé dans le boîtier des montres, a contribué à leur prix. Il semble que ce soit cette application industrielle qui ait été d’abord le but des recherches de Verneuil.
Dès 1891, Verneuil réussit la synthèse de l’alumine anhydre cristallisé (Al203), c’est-à-dire du corindon (le rubis étant un corindon rouge, le saphir un corindon bleu). Il dépose aussitôt ses travaux sous scellés à l’Académie des Sciences et perfectionne son procédé. L’adjonction de sels métalliques (chrome pour le rouge, fer et titane pour le bleu) lui permet assez rapidement de synthétiser les rubis, et les saphirs.
Cette invention n’est rendue publique qu’en 1902, et les premiers rubis synthétiques sont commercialisés en 1904.

Les différentes étapes du procédé Verneuil, de la cristallisation à la taille
Le procédé Verneuil consiste à chauffer à très haute température (2700°) de la poudre d’alumine sous la flamme d’un chalumeau oxhydrique, la poudre étant introduite par la buse amenant l’oxygène. L’alumine liquide au cœur de la flamme tombe en goutte sur un rubis dit « d’amorce », qui provoque la cristallisation du liquide. L’alumine anhydre cristallise en stalagmite, que l’on appelle « bouteille » ou « carotte ». Initialement, on distinguait les strates de croissance du cristal, qui permettait parfois d’identifier un rubis de synthèse. Aujourd’hui, les cristaux obtenus sont chauffés pour faire disparaître ces petits défauts de croissance.
Il est probable que les onze ans qui séparent la synthèse du rubis de son exploitation industrielle tiennent d’une part aux recherches de Verneuil pour améliorer le procédé et le rendre exploitable, d’autre part aux travaux du chimiste autrichien Bayer sur l’extraction industrielle de l’alumine contenue dans la bauxite (1892). Cette invention est mise en œuvre en France, à Gardanne, avec l’aide de Bayer dès 1892-1893, mais le démarrage de l’extraction est difficile. A la mort de Bayer en 1904, les exploitants cessent de verser les royalties du procédé, l’alumine devient plus aisément exploitable…

une "bouteille" de rubis synthétique et pierres taillées
Dès 1907, la production de rubis Verneuil atteint 5 millions de carats. Cette même année 1907 sont commercialisés les saphirs Verneuil. Ces pierres feront les très riches heures de la lourde joaillerie des années 1940, pour satisfaire le goût des crémiers enrichis par le marché noir, les « BOFs », pour « beurre-œufs-fromage ».
Rappelons qu’aucun appareil de gemmologie traditionnel ne sait faire la différence entre un rubis de synthèse Verneuil et un rubis naturel.
Strass : faux et usage de faux sous Louis XV
Posted by: admin in Alchimie, Pierres Précieuses on décembre 27th, 2008
Depuis l’Antiquité, le verre est utilisé en en joaillerie, soit en tant que tel, soit en imitation des pierres précieuses. Les alchimistes, qui maîtrisent alors la fabrication du verre, ont cherché, avec succès, à perfectionner les imitations Il est fréquent de trouver des reliquaires des XIIe ou XIIIe siècle ornés de cabochons faux de verre coloré ou, pour partie vrais et pour partie faux. Dans « De la propriété des choses » (1240), Barthélémy l’Anglais note déjà : « Aulcunes foys, les faulses pierres sont si semblables aux vraies que ceulx qui myeulx si cognoissent y sont bien souvent deceulz. », ce qui amène à cette époque le Roi de France à faire défense de fabriquer et de travailler les « pierres de vouarre, vouarre vers, esmeraudes de vouarre, rubis de vouarre, etc. »
Ce qui n’empêche pas bien entendu le commerce de l’imitation de prospérer, qu’il soit honnête (vente explicite de pierres de verre), ou malhonnête.
Parmi les principaux fabriquants de faux bijoux, un joaillier alsacien acquiert, au XVIIIe siècle, une immense renommée. Georges Frédéric Strass est un strasbourgeois, né à Wolfisheim en 1701, qui travaille très tôt à la création de pierres d’imitation. Il obtient d’excellents résultats en perfectionnant le « cristal », ce verre au plomb conçu au XVIIe siècle en Angleterre. Il en augmente fortement la teneur en plomb, ajoutant également du bismuth et probablement de thallium (à l’époque considéré comme déchets du plomb), augmentant à plus de 50% de la proportion de métal. Le cristal résultant de ces opérations est plus dur que le verre, se taille précisément et possède d’excellentes qualités de réfraction de la lumière. Strass en travaille la couleur par adjonction de sels métalliques, l’éclat en insérant dans la culasse une feuille de métal, d’argent ou de couleur. Ce dernier procédé se faisait couramment d’ailleurs pour les pierres précieuses de faible éclat. Les pierres de Strass sont alors, pour ses contemporains, si semblables, d’apparence, aux pierres précieuses, qu’elles reçoivent l’appellation « simili », ou plus couramment « pierres du Rhin », en raison de leur provenance alsacienne. Ce n’est qu’en 1746 que l’on commence à désigner ces fausses pierres du nom de leur inventeur, le strass. Dès 1730, Georges Strass crée son propre atelier. Sa renommée est telle qu’il est élevé en 1734 Joaillier du Roi, et ses créations sont portées à la Cour. Les joailliers parisiens mêlent alors habilement, et sans état d’âme, dans des compositions baroques de vraies pierres précieuses et des pierres de Strass. Madame de Genlis note avec nostalgie à ce sujet : « Le luxe (…) prit un caractère imposteur et extravagant qui parut être à la portée de tout le monde, qui confondit tous les états, qui ne laissa rien de durable et qui, par le caprice de son inconstance, ruina toutes les familles. »
Georges Frédéric Strass, génial inventeur et brillant joaillier, meurt le 22 décembre 1773, à la tête d’une fortune considérable. Sa postérité est plus glorieuse encore sans doute, car les cristaux imitant les pierres précieuses sont toujours appelés « strass » en français, et « rhinestone » (pierre du Rhin) en anglais.
© Aymeric Peniguet de Stoutz - 2008
Pierres d’imitation et pierres de synthèse
Posted by: admin in Alchimie, Pierres Précieuses on décembre 21st, 2008
Dès l’antiquité gréco-égyptienne, les travaux des alchimistes, considérés comme « l’art de reproduire à meilleur compte l’or, l’argent, les pierres précieuses et la pourpre » [i], poursuivent deux voies tout à fait distinctes. Les teintures et techniques de manipulation visent à transformer la matière vile soit de manière à la transmuter en matière noble (pour l’or, on parle d’ « aurifaction »), soit de manière à imiter la matière noble (« aurifiction »).
« On trouve là à l’origine un dualisme entre une substance naturelle, a priori admirable, et un produit chimique, un produit de l’art, un daidalon, pour utiliser l’un des mots grecs appropriés, c’est-à-dire un artifice (…) Dès ses origines, la chimie est donc objet de suspicion. C’est une méthode de contrefaçon, un ensemble de procédés plus ou moins honnêtes (…) Il va sans dire que cette atmosphère louche (…) continue à hanter les esprits, prévenus à l’encontre de cette science par ses antécédents alchimiques. La distinction entre produit chimique et substance naturelle continue d’exercer ses ravages. »[ii]
Ce constat de Pierre Laszlo dans « Qu’est-ce que l’Alchimie ? » est un point fondamental, qui explique le discrédit qui frappe trop souvent les pierres de synthèses, confondues avec les pierres d’imitation,. Il convient de préciser ce distingo. La pierre d’imitation, courante depuis l’antiquité, est en général en verre ou dans un dérivé, voire même, depuis le XXe siècle, en plastique. Elle est en général sans grande valeur. La pierre de synthèse une pierre précieuse récrée par l’homme en laboratoire, technique maîtrisée depuis la fin du XIXe siècle. « Les gemmes de synthèse (…) possèdent la même composition chimique que les gemmes naturelles, et des propriété physiques et optiques quasi-identiques. Bien que conçues en laboratoire, elles peuvent dans certains cas atteindre un prix supérieur à celui de leurs homologues naturelles. » (Carles Codina, L’Orfèvrerie). Contrairement à un “strass” rouge, qui est une pierre d’imitation en cristal, un rubis de synthèse “verneuil” est véritablement un rubis, de même composition qu’un rubis naturel, mais réalisé par l’homme. Aucun appareil de gemmologie classique ne sait distinguer le rubis naturel du rubis de synthèse. Seul l’oeil du spécialiste, en fonction des inclusions et de leur nature, mais aussi des couleurs de la pierre, peut alors faire la différence…
C’est donc à Georges-Frédéric Strass et à Auguste Verneuil que seront consacrés nos deux prochains posts…
© Aymeric Peniguet de Stoutz - 2008
L’invention de la taille “brillant”
Posted by: admin in Pierres Précieuses on décembre 13th, 2008
Le Wittelsbach Bleu (cf. ci-dessous), attesté dans sa forme actuelle en 1664, est généralement considéré comme la première taille “brillant” de l’histoire joaillière. C’est tout d’abord que le diamant, venant d’Inde essentiellement, est une pierre anecdotique et rarissime en Europe qu’au second XIIIe siècle, où son négoce entre l’Inde et l’Italie s’organise. Le premier roi de France à posséder un diamant serait Louis IX (Saint-Louis), mort en 1270. Les lapidaires européens savent à l’époque polir les pierres de couleurs en cabochons certes irréguliers mais somptueux, grace à l’émeri. L’émeri est une roche extraite en Turquie (Smyrne) et dans les Cyclades (Naxos) utilisée depuis l’Antiquité pour ses propriétés abrasives. Comme elle est riche en poudre de corindon brun ou incolore, elle polit efficacement les corindons de couleurs que sont le rubis ou le saphir, et les pierres d’une dureté inférieure à la sienne : émeraude et quartz, par exemple.

Octaèdre de diamant naturel
Le diamant étant d’une dureté supérieure aux autres gemmes, l’émeri est sur lui sans effet. Longtemps donc, le négoce se limite aux octaèdres naturels de diamant, sortes de pyramides double, sertis tels quels, pointe vers le haut. Ce n’est qu’à la fin du XIIIe siècle que les négociants italiens de Naples, de Venise ou de Florence découvre que le diamant taille le diamant, comme le corindon polit le coridons. Bienvenuto Cellini, dans un traité d’orfèvrerie publié en 1568, en explique le secret : “Un diamant est frotté contre un autre jusqu’à ce que l’on obtienne les faces désirées. La poudre qui en est tombée est récupérée pour la finition. A cette fin, on sertit la pierre dans des coquilles en étain ou en plomb fixées à un bras en bois et posées sur un disque métallique enduit de cette poudre de diamant et d’huile“. D’abord très simples, les tailles viennent affiner les octaèdres naturels, puis créent des facettes supplémentaires en abrasant les arrêtes, ainsi qu’un sommet de l’octaèdre qui, aplani, devient une “table”. Il est aisé de comprendre comment, dès lors, on s’oriente naturellement vers une taille dite “brillant” : dès le XVIe siècle les caractéristiques sont là : la face réfléchissante du sommet ou “table”, les arretes jouxant la table devenues facettes et préfigurant la couronne, celle de la partie basse augurant le pavillon.
Parallèlement se développe d’autres techniques de tailles : rose, baguette, émeraude, briolettes… L’un des enseignements du livre le plus remarquable sur l’histoire de la taille, Diamond Cuts, de H. Tillander, est que l’évolution de la taille n’est pas linéaire, et qu’il impossible de dater précisément la taille d’une pierre, différents modes existant concomittamment. Leur usage depend de l’art du lapidaire, de la forme initiale de la pierre, de la priorité donnée à la conservation du poids initial ou au rendu final etc…
C’est néanmoins avec le Régent, taillé par Joseph Cope de 1704 à 1706, que la taille brillant trouve son prototype. La perfection des proportions de cette pierre est saisissante : Les angles, aussi bien dessus que dessous sont exactement de 45°, la symétrie des facettes est parfaite et le poli absolument sans défaut. Le Régent est aujourd’hui encore le plus gros diamant des Indes taillé de cette manière… Sur le modèle de ce “brillant baroque”, pour reprendre la typologie de Tillander, la taille brillant se précise jusqu’à nos jours. La colette devient presque invisible, et facettes se multiplient dans le pavillon et la couronne, pour atteindre en général 58 facettes y compris la table et la colette, mais peuvent atteindre 90 facettes comme pour le célèbre Tiffany.
A compter de ce principe de base, les formes se déclinent en “brillant” : rond bien sûr, mais aussi ovale, coussin, marquise ou navette, coeur, princesse…
© Aymeric Peniguet de Stoutz - 2008
Le diamant bleu des Wittelsbach, une pierre à succès
Posted by: admin in Pierres Précieuses on décembre 10th, 2008

Catalogue de la vente - ©Christie’s – Reproduit avec autorisation
Dix-huit millions sept cent mille euros : c’est la somme vertigineuse à laquelle a été adjugé le 10 décembre 2008 le diamant bleu des Wittelsbach, pierre exceptionnelle par sa couleur, qualifiée de “fancy deep grayish blue” par le Gemological Institute of America, par ses dimensions - elle pèse 35,56 carats- et par sa taille, l’un des plus beaux témoignages de la révolution qui, du XVe au XVIIIe siècle, conduit à la taille “brillant”. Le Wittelsbach bleu, avec sa large table, sa couronne brillantée et son pavillon très facetté en étoile, est considéré comme le premier diamant de taille brillant attesté avant 1664. Certes, les proportions sont loin d’atteindre l’idéal, notamment en raison de sa colette démesurément ouverte qui crée comme un abîme sombre au coeur de la pierre. Néanmoins, pour tous les amateurs d’histoire de la joaillerie, la pierre revêt une importance singulière, accrue par la perfection de sa couleur.
Christie’s, qui proposait le diamant à la vente ce 10 décembre, a remarquablement saisi l’enjeu en proposant pour le lot 212 un catalogue tiré à part qui constitue une véritable petite monographie sur le sujet. “The Wittelsbach : an historic blue diamond” est un opuscule remarquable de qualité graphique, d’intérêt historique et gemmologique. Sous la houlette de François Curiel, Président de Christie’s Europe et directeur international du département de joaillerie, la célèbre Maison de vente aux enchères remporte un succès décisif.
Il vient confirmer l’engouement pour l’histoire de la joaillerie qui, depuis une quinzaine d’années, anime enfin les collectionneurs privés mais aussi publics, et notamment le Louvre qui a développé dans ce domaine une exceptionnelle politique d’acquisition. C’est un véritable revirement.
Jusqu’à la fin du XXe siècle en effet, les bijoux sont fréquemment démontés, et les pierres retaillées sans état d’âme. Louis XVI ordonne en 1784 la retaille du quatrième Mazarin, qui passe ainsi d’une rose de 24,92 carats à un brillant de 14 carats, et Victoria fait superviser par le prince consort la retaille du Koh i Noor en 1852, perdant à jamais ce témoignage unique de l’art de la taille moghole au XVIIe siècle. Le Massimo, seul collier de diamants de la reine Marie-Antoinette conservé dans un écrin à ses armes, est dispersé pierre à pierre en 1971 par… Christie’s ! Le Wittelsbach lui-même a échappé de fort peu à une retaille en 1962 grace à la vigilance de Joseph Komkommer et de son fils Jacques, qui ont formellement identifié le joyau alors disparu et ont constitué un consortium de passionnés pour le racheter.
Le catalogue “The Wittelsbach : an historic blue diamond” fait donc date aussi, à sa manière. Il n’est plus question de jouer, comme en décembre 2007, lors de la vente du collier des Sutherland, sur des approximations sensationnalistes. La première partie, signée Lord Ian Balfour, est un intéressant digest de son ouvrage “Famous Diamonds”, plusieurs fois réimprimé et mis à jour, et malgré tout toujours épuisé… La comparaison avec le Diamant bleu de la couronne de France, nourrie des très récentes découvertes publiées par François Farges dans la Revue de Gemmologie (sept. 2008) et attestant définitivement le Hope comme une retaille du Bleu de la couronne, aurait sans doute rendu intéressante une analyse gemmologique comparative des deux pierres, peut-être conduite par le GIA mais dont le résultat n’a, à ma connaissance, pas été publié.
La partie du catalogue au titre redondant ”Royal Regalia” présente un historique succinct, mais précis, des joyaux dans lesquels a figuré le Wittelsbach. Nous nous pencherons ultérieurement, sans doute, sur l’histoire de l’insigne de la Toison d’Or dans lequel il a été serti, et dont le catalogue présente deux photographies intéressantes. L’Electeur de Bavière Charles Albert von Wittelsbach qui entre en possession de la pierre bleue par son mariage en 1722, la tenait pour un précieux porte-bonheur. Gageons que François Curiel, avec une vente dont le résultat avoisine le double de l’estimation, n’est pas loin de penser de même…
© Aymeric Peniguet de Stoutz - 2008



