Le Grand Condé est un magnifique diamant rose, légèrement teinté d’orangé, de taille asymétrique “poire” ou pendeloque, pesant 9,01 carats pour une longueur de 20,8 mm. Il ne présente pas d’inclusion, seulement des clivages et des fractures. Comme la plupart des grands diamants de couleur, le Grand Condé véhicule une mythologie aussi fascinante que souvent infondée. Commençons donc par balayer quelques chimères.

Le diamant rose dit "le Grand Condé"
Le Grand Condé pèse 9,01 carats métriques, et non pas 50 carats. Il est difficile de dire quel auteur, exactement, a le premier soit confondu deux pierres, soit mal retranscrit une note (9,01 carats devenant 49,01 ? ). Mais, depuis un bon siècle, des gemmologues espiègles alimentent la légende d’un diamant rose de 50 carats. Inutile de dire que quelques blogs, et articles écrits à la va-vite, perpétuent aimablement la légende. Le dictionnaire même du GIA (Gemmological Institute of America), dans son édition de 1960, le décrit encore comme “a pink, pear-shaped diamond, weighting 50 carats”. L’erreur a été rectifiée depuis.
Le Grand Condé n’a peut-être jamais appartenu au Grand Condé. Ce diamant, censé avoir orné le pommeau de canne de Louis II de Condé, dit le Grand Condé (1621-1686), ne lui a peut-être jamais appartenu. Les sources historiques disponibles - l’engagement des bijoux personnels de Condé au profit de la Couronne de France le 20 mars 1649 auprès du banquier Herwarth, et l’inventaire dressé au décès du Prince en 1686 - ne mentionnent pas cet étonnant diamant parmi les propriétés de Condé. En réalité, le diamant rose apparait officiellement pour la première fois en 1713 lorsqu’Anne de Bavière, belle-fille du Grand Condé, le lègue à son propre petit-fils, Louis-Henri de Bourbon. Le legs s’accompagne de la condition expresse que le diamant “appartînt toujours à l’aîné mâle de la Maison de Condé”. Notons au passage que cette indication dément également l’affirmation de l’excellent Gérard Mabille, qui dans son opuscule sur les Diamants de la Couronne, aux éditions Gallimard, indique qu’”on ne le connait que depuis 1740″.
Dès lors, les passionnés de pierres, comme les conservateurs successifs du Château de Chantilly où se trouve le diamant, se sont affrontés pour savoir si oui, ou non, le diamant avait appartenu à Louis II de Condé. Le point me semble de peu d’importance. Avec les uns, on peut noter qu’il n’est pas parfaitement improbable qu’il lui ait appartenu, au vu de la taille de la pierre qui s’incrit parmi les premières tailles brillant, comme le Wittelsbach, et pourrait bien dater du XVIIe. Avec les autres, on peut a contrario arguer que cette attribution de propriété voudrait à toute fin corroborer un nom, quand l’un et l’autre peuvent bien être sans rapport. L’appellation “Grand Condé” signifie peut-être tout simplement “le grand diamant des Condé” comme le “Grand Sancy” designe le plus grand des diamants de Sancy.
En 1740, pour le plus grand plaisir de Gérard Mabille, le diamant rose figure sur l’inventaire après décès de Louis-Henri de Bourbon, serti dans un insigne de l’Ordre de la Toison d’Or. Il y est ainsi décrit : “forme pendeloque, couleur de rose, ayant un cran sur le feuiltil, côté droit”. Cette belle description de la pierre rappelle que sa forme irrégulière visait à économiser la matière. La taille a en effet été adaptée à la présence d’une inclusion accompagnée d’une fracture sur le rondiste. Ce dernier, plus large à ce niveau, est par ailleurs très fin et bruté.

Le Grand Condé serti en épingle de cravate
A la mort du dernier prince de Condé, en 1830, le diamant n’apparait pas dans l’inventaire, mais on présume qu’il orne une des 5 plaques de l’ordre du Saint Esprit en diamants. Sans héritiers directs, son fils le duc d’Enghien ayant été exécuté sur ordre, il lègue sa fortune au fils de Louis-Philippe, le duc d’Aumale, alors âgé de 8 ans. C’est donc la mère du petit duc, la reine Marie-Amélie qui le conserve dans sa cassette, et c’est certainement à elle que l’on doit la monture qui lui est actuellement connue, en épingle de cravate.
Jugeant sa succession menacée par les aléas des régimes successifs en France, le duc d’Aumale donne en 1886 à l’Institut de France le Château de Chantilly et ses collections, sous réserve qu’elles ne le quittent jamais. A ce jour, malgré une escapade rocambolesque en 1926, qui fera l’objet, si vous le souhaitez, d’un prochain récit, le diamant y est toujours conservé, dans un coffre. Seule une copie en est présentée au public.