Estimé “sans impureté”, le Nassak est un diamant des Indes de plus de quatre-vingts carats, célèbre pour son brillant exceptionnel. L’aide aimable et inestimable apportée par les archives de la Maison Cartier, en la personne de Madame Véronique Sacuto, à nos recherches nous permet d’apporter quelques eclaircissement sur ce diamant. De la pierre brute à la taille émeraude, très contemporaine, qui est la sienne aujourd’hui, le Nassak a subi deux autres tailles, reflet de l’évolution des goûts.

Le Nassak dans sa forme XIXe - Archives Cartier
Vraisemblablement découverte au XVe siècle en Inde, la pierre est alors taillée à la mode moghole : une face, dessous, en est rapidement repolie, le dessus présente une table, et une dentelle de facettes. La forme originale de la pierre est conservée. La taille moghole améliore le brillant et le lustre de la pierre, sans la transformer : le souci de symétrie et de standardisation est une invention européenne beaucoup plus tardive.
Offert au sanctuaire de Trimbakeshwar, haut-lieu de l’hindouisme à proximité de la ville de Nassak, le diamant moghol orne une statue de Shiva, dont il est probablement un oeil. Il est au reste, dans sa taille et ses proportions, très similaire à l’Oeil de l’Idole avec lequel il est souvent confondu, notamment sur Wikipédia.
Lors des opérations menées par l’occupant britannique contre les mercenaires pindâri, en 1817, qui dégénèrent en guerre entre l’Empire marathe, protecteur des Pindâri, et les Anglais, la pierre est volée dans le sanctuaire. Il semble difficile de savoir qui, des britanniques, des pindâris musulmans ou des marathes hindous, est l’auteur du larcin. Officiellement, le Peshwâ, premier ministre des Marathes, remet le diamant de Nassak comme tribut de guerre au marquis de Hastings, gouverneur général des Indes et chef des opérations militaires contre les Marathes. Le Gouverneur donne à son tour la pierre à la Compagnie anglaise des Indes orientales, à titre de réparation pour les dommages subis pendan le conflit.
Présenté sur le marché des diamants à Londres en 1818, la pierre est admirée pour sa beauté et son poids - près de 92 carats métriques - mais décriée pour sa taille moghole jugée d’une vilaine forme. La diamant est alors décrit comme “grossièrement facetté et sans aucun lustre“. En réalité, ces jugements subejctifs illustrent le goût d’une société occidentale où le raffinement de la taille participe fortement à l’estimation d’une pierre. Le minéralogiste John Mawe réalise cependant de la taille moghole un dessin assez précis, publié en 1823, qui nous permet de la restituer aujourd’hui.
La joaillerie londonienne Rundell and Bridge, propriétiaire de la pierre de 1818 à 1831, fait retailler le Nassak “au plus près possible des traces du tailleur hindou, en amendant ses défauts” et en harmonisant la symétrie. Le résultat est exceptionnel : une taille atypique, d’aspect très séduisant. La pierre n’a perdu que 10% de son poids et présente un fort gain de brillance. La forme de ce second Nassak, qui est serti après 1837 sur l’épée de cérémonie du marquis de Westminster, est connue grâce à un dessin assez réaliste de LOuis Dieulafait (1874) et par un croquis, sensiblement plus fantaisiste, de Bauer (1904). Surtout, une photographie de 1936 retrouvée dans les Archives Cartier laissent présumer que les dessins de Dieulafait et de Bauer exagèrement les dimensions de la culette, qui apparait sensiblement plus fine et régulière. On peut éliminer l’hypothèse d’une retaille du pavillon entre 1831 et 1937, puisque le poids enregistré par Cartier - 80,60 carats - correspondond parfaitement au poids noté chez Rundell and Bridge (78 5/8 carats anciens, soit 80,59 carats métriques).

Le Nassak retaillé - Archives Cartier
Ces mêmes archives nous apprennent d’ailleurs que c’est Cartier, et non Harry Winston comme on l’a souvent avancé, qui opère donne en 1937 au Nassak sa forme actuelle, en émeraude. La pierre y perd plus de 40% de son poids - elle pèse 47,41 carats à l’issue des opérations - mais en devient infiniment plus luxueuse. Harry Winston, acquéreur de la pierre en 1940, n’opère qu’un repoli qui conduit la pierre à son poids actuel de 43,38 carats. Passée par la suite de mains en mains, étudiée par le Gemological Institute of America en 1964, exposée en 1970 puis 1976 aux Etats-Unis la pierre n’est, depuis, plus apparue publiquement.
#1 by CLERC on novembre 6th, 2009 - 11:08
Merci Aymeric pour cet article si bien documenté qui a du demander beaucoup de recherches
Peut on avoir une illustration de cette pierre ? ou a minima du dessin de 1874 ?
#2 by CLERC on janvier 4th, 2010 - 21:37
Merci Aymeric pour tous ces compléments