L’invention de la taille “brillant”

Diamond Cuts, par H. Tillander (1995)

Diamond Cuts, par H. Tillander (1995)

Le Wittelsbach Bleu (cf. ci-dessous), attesté dans sa forme actuelle en 1664, est généralement considéré comme la première taille “brillant” de l’histoire joaillière. C’est tout d’abord que le diamant, venant d’Inde essentiellement, est une pierre anecdotique et rarissime en Europe qu’au second XIIIe siècle, où son négoce entre l’Inde et l’Italie s’organise. Le premier roi de France à posséder un diamant serait Louis IX (Saint-Louis), mort en 1270. Les lapidaires européens savent à l’époque polir les pierres de couleurs en cabochons certes irréguliers mais somptueux, grace à l’émeri. L’émeri est une roche extraite en Turquie (Smyrne) et dans les Cyclades (Naxos) utilisée depuis l’Antiquité pour ses propriétés abrasives. Comme elle est riche en poudre de corindon brun ou incolore, elle polit efficacement les corindons de couleurs que sont le rubis ou le saphir, et les pierres d’une dureté inférieure à la sienne : émeraude et quartz, par exemple.

Octaèdre de diamant naturel

Octaèdre de diamant naturel

Le diamant étant d’une dureté supérieure aux autres gemmes, l’émeri est sur lui sans effet. Longtemps donc, le négoce se limite aux octaèdres naturels de diamant, sortes de pyramides double, sertis tels quels, pointe vers le haut. Ce n’est qu’à la fin du XIIIe siècle que les négociants italiens de Naples, de Venise ou de Florence découvre que le diamant taille le diamant, comme le corindon polit le coridons. Bienvenuto Cellini, dans un traité d’orfèvrerie publié en 1568, en explique le secret : “Un diamant est frotté contre un autre jusqu’à ce que l’on obtienne les faces désirées. La poudre qui en est tombée est récupérée pour la finition. A cette fin, on sertit la pierre dans des coquilles en étain ou en plomb fixées à un bras en bois et posées sur un disque métallique enduit de cette poudre de diamant et d’huile“. D’abord très simples, les tailles viennent affiner les octaèdres naturels, puis créent des facettes supplémentaires en abrasant les arrêtes, ainsi qu’un sommet de l’octaèdre qui, aplani, devient une “table”. Il est aisé de comprendre comment, dès lors, on s’oriente naturellement vers une taille dite “brillant” : dès le XVIe siècle les caractéristiques sont là : la face réfléchissante du sommet ou “table”, les arretes jouxant la table devenues facettes et préfigurant la couronne, celle de la partie basse augurant le pavillon.

Parallèlement se développe d’autres techniques de tailles : rose, baguette, émeraude, briolettes… L’un des enseignements du livre le plus remarquable sur l’histoire de la taille, Diamond Cuts, de H. Tillander, est que l’évolution de la taille n’est pas linéaire, et qu’il impossible de dater précisément la taille d’une pierre, différents modes existant concomittamment. Leur usage depend de l’art du lapidaire, de la forme initiale de la pierre, de la priorité donnée à la conservation du poids initial ou au rendu final etc…

Le Regent, réplique en quartz blanc par www.armesdefrance.com

Le Regent, réplique en quartz blanc par www.armesdefrance.com

C’est néanmoins avec le Régent, taillé par Joseph Cope de 1704 à 1706, que la taille brillant trouve son prototype. La perfection des proportions de cette pierre est saisissante : Les angles, aussi bien dessus que dessous sont exactement de 45°, la symétrie des facettes est parfaite et le poli absolument sans défaut. Le Régent est aujourd’hui encore le plus gros diamant des Indes taillé de cette manière… Sur le modèle de ce “brillant baroque”, pour reprendre la typologie de Tillander, la taille brillant se précise jusqu’à nos jours. La colette  devient presque invisible, et facettes se multiplient dans le pavillon et la couronne, pour atteindre en général 58 facettes y compris la table et la colette, mais peuvent atteindre 90 facettes comme pour le célèbre Tiffany. 

 A compter de ce principe de base, les formes se déclinent en “brillant” : rond bien sûr, mais aussi ovale, coussin, marquise ou navette, coeur, princesse…

© Aymeric Peniguet de Stoutz - 2008
  1. #1 by Lucas S. on décembre 23rd, 2008 - 13:43

    L’émeri, dont vous évoquez ici l’usage, me ramène le souvenir d’un procédé de réalisation du Grand Oeuvre même, par la Voie sèche : on y emploie également l’émeri (j’ignore à quelle fin ?) que l’on répand sur des vases pour les sceller. Je vous envoie le document où l’on y fait mention, car je ne doute pas qu’il puisse vous intéresser : il s’agit d’un schéma-compendium des Opérations.

    Quelle merveille que de discourir de diamants !

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