Dès l’antiquité gréco-égyptienne, les travaux des alchimistes, considérés comme « l’art de reproduire à meilleur compte l’or, l’argent, les pierres précieuses et la pourpre » [i], poursuivent deux voies tout à fait distinctes. Les teintures et techniques de manipulation visent à transformer la matière vile soit de manière à la transmuter en matière noble (pour l’or, on parle d’ « aurifaction »), soit de manière à imiter la matière noble (« aurifiction »).
« On trouve là à l’origine un dualisme entre une substance naturelle, a priori admirable, et un produit chimique, un produit de l’art, un daidalon, pour utiliser l’un des mots grecs appropriés, c’est-à-dire un artifice (…) Dès ses origines, la chimie est donc objet de suspicion. C’est une méthode de contrefaçon, un ensemble de procédés plus ou moins honnêtes (…) Il va sans dire que cette atmosphère louche (…) continue à hanter les esprits, prévenus à l’encontre de cette science par ses antécédents alchimiques. La distinction entre produit chimique et substance naturelle continue d’exercer ses ravages. »[ii]
Ce constat de Pierre Laszlo dans « Qu’est-ce que l’Alchimie ? » est un point fondamental, qui explique le discrédit qui frappe trop souvent les pierres de synthèses, confondues avec les pierres d’imitation,. Il convient de préciser ce distingo. La pierre d’imitation, courante depuis l’antiquité, est en général en verre ou dans un dérivé, voire même, depuis le XXe siècle, en plastique. Elle est en général sans grande valeur. La pierre de synthèse une pierre précieuse récrée par l’homme en laboratoire, technique maîtrisée depuis la fin du XIXe siècle. « Les gemmes de synthèse (…) possèdent la même composition chimique que les gemmes naturelles, et des propriété physiques et optiques quasi-identiques. Bien que conçues en laboratoire, elles peuvent dans certains cas atteindre un prix supérieur à celui de leurs homologues naturelles. » (Carles Codina, L’Orfèvrerie). Contrairement à un “strass” rouge, qui est une pierre d’imitation en cristal, un rubis de synthèse “verneuil” est véritablement un rubis, de même composition qu’un rubis naturel, mais réalisé par l’homme. Aucun appareil de gemmologie classique ne sait distinguer le rubis naturel du rubis de synthèse. Seul l’oeil du spécialiste, en fonction des inclusions et de leur nature, mais aussi des couleurs de la pierre, peut alors faire la différence…
C’est donc à Georges-Frédéric Strass et à Auguste Verneuil que seront consacrés nos deux prochains posts…
© Aymeric Peniguet de Stoutz - 2008