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Le diamant bleu des Wittelsbach, une pierre à succès
le catalogue de la vente

Catalogue de la vente - ©Christie’s – Reproduit avec autorisation

Dix-huit millions sept cent mille euros : c’est la somme vertigineuse à laquelle a été adjugé le 10 décembre 2008 le diamant bleu des Wittelsbach, pierre exceptionnelle par sa couleur, qualifiée de “fancy deep grayish blue” par le Gemological Institute of America, par ses dimensions - elle pèse 35,56 carats- et par sa taille, l’un des plus beaux témoignages de la révolution qui, du XVe au XVIIIe siècle, conduit à la taille “brillant”. Le Wittelsbach bleu, avec sa large table, sa couronne brillantée et son pavillon très facetté en étoile, est considéré comme le premier diamant de taille brillant attesté avant 1664. Certes, les proportions sont loin d’atteindre l’idéal, notamment en raison de sa colette démesurément ouverte qui crée comme un abîme sombre au coeur de la pierre. Néanmoins, pour tous les amateurs d’histoire de la joaillerie, la pierre revêt une importance singulière, accrue par la perfection de sa couleur.

Christie’s, qui proposait le diamant à la vente ce 10 décembre, a remarquablement saisi l’enjeu en proposant pour le lot 212 un catalogue tiré à part qui constitue une véritable petite monographie sur le sujet. “The Wittelsbach : an historic blue diamond” est un opuscule remarquable de qualité graphique, d’intérêt historique et gemmologique. Sous la houlette de François Curiel, Président de Christie’s Europe et directeur international du département de joaillerie, la célèbre Maison de vente aux enchères remporte un succès décisif.

Il vient confirmer l’engouement pour l’histoire de la joaillerie qui, depuis une quinzaine d’années, anime enfin les collectionneurs privés mais aussi publics, et notamment le Louvre qui a développé dans ce domaine une exceptionnelle politique d’acquisition. C’est un véritable revirement.

Jusqu’à la fin du XXe siècle en effet, les bijoux sont fréquemment démontés, et les pierres retaillées sans état d’âme. Louis XVI ordonne en 1784 la retaille du quatrième Mazarin, qui passe ainsi d’une rose de 24,92 carats à un brillant de 14 carats, et Victoria fait superviser par le prince consort la retaille du Koh i Noor en 1852, perdant à jamais ce témoignage unique de l’art de la taille moghole au XVIIe siècle. Le Massimo, seul collier de diamants de la reine Marie-Antoinette conservé dans un écrin à ses armes, est dispersé pierre à pierre en 1971 par… Christie’s ! Le Wittelsbach lui-même a échappé de fort peu à une retaille en 1962 grace à la vigilance de Joseph Komkommer et de son fils Jacques, qui ont formellement identifié le joyau alors disparu et ont constitué un consortium de passionnés pour le racheter.

Le catalogue “The Wittelsbach : an historic blue diamond” fait donc date aussi, à sa manière. Il n’est plus question de jouer, comme en décembre 2007, lors de la vente du collier des Sutherland, sur des approximations sensationnalistes. La première partie, signée Lord Ian Balfour, est un intéressant digest de son ouvrage “Famous Diamonds”, plusieurs fois réimprimé et mis à jour, et malgré tout toujours épuisé… La comparaison avec le Diamant bleu de la couronne de France, nourrie des très récentes découvertes publiées par François Farges dans la Revue de Gemmologie (sept. 2008) et attestant définitivement le Hope comme une retaille du Bleu de la couronne, aurait sans doute rendu intéressante une analyse gemmologique comparative des deux pierres, peut-être conduite par le GIA mais dont le résultat n’a, à ma connaissance, pas été publié.

La partie du catalogue au titre redondant ”Royal Regalia” présente un historique succinct, mais précis, des joyaux dans lesquels a figuré le Wittelsbach. Nous nous pencherons ultérieurement, sans doute, sur l’histoire de l’insigne de la Toison d’Or dans lequel il a été serti, et dont le catalogue présente deux photographies intéressantes. L’Electeur de Bavière Charles Albert von Wittelsbach qui entre en possession de la pierre bleue par son mariage en 1722, la tenait pour un précieux porte-bonheur. Gageons que François Curiel, avec une vente dont le résultat avoisine le double de l’estimation, n’est pas loin de penser de même…

© Aymeric Peniguet de Stoutz - 2008

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